POINT DE VUE

Re-faire l’école avec les technologies en quatre petites histoires

En préambule, et en guise de première histoire, on peut annoncer qu’à ce jour, aucune étude ne montre clairement qu’il y a un résultat probant sur les résultats et  la performance d’apprentissage des élèves quand ils utilisent  les  technologies à l’école. C’est en tout cas le constat qu’a fait Matt Richtel (http://www.internetactu.net/2011/09/21/dans-la-salle-de-classe-du-futur-les-resultats-ne-progressent-pas/)

Son exemple doit-il remettre en question «l’un des plus importants mouvements contemporains éducatifs” qui vise à équiper classes et élèves en informatique, à permettre aux étudiants d’apprendre à leur propre rythme… mais aussi à réduire le nombre de professeurs», souligne consciencieusement Matt Richtel. «Les écoles dépensent des millions de dollars pour acquérir des technologies, tout en réduisant les budgets et en licenciant les enseignants sans apporter la preuve que cette approche permet d’améliorer l’apprentissage de base».

Nous espérons que sur des expériences où les usages sont généralisés comme en Uruguay où tous les élèves ont été dotés de mini-ordinateurs portables depuis deux ans, on aura en juin 2012 des retours sur les effets de l’usage des technologies, mais rien n’est certain. Un sentiment partagé serait que les résultats obtenus par les élèves ne sont pas liés aux ordinateurs, mais plutôt aux usages sociaux et aux ressources auxquelles ils accèdent, aux processus éducatifs qui sont mis en oeuvre par les enseignants.

Une deuxième histoire est relatée par les retours de recherche de Dana Boyd
(http://www.internetactu.net/2011/11/04/les-limites-dage-naident-pas-parents-et-enfants-a-comprendre-les-reseaux-sociaux/)
Qui a réalisé une étude sur l’accès des enfants aux réseaux sociaux. Une loi aux états-unis (la Coppa), interdit l’accès avant 13 ans aux réseaux sociaux, mais les parents comme les enfants en dessous de cet âge ne respectent pas parfois cette loi et se connectent à ce type de réseaux sociaux.

Face à ce détournement massif, la question est de savoir si la Coppa aide à responsabiliser les parents et les enfants. Pour le savoir, danah boyd et ses collègues sont allés à la rencontre des parents, pour connaître les pratiques des ménages à l’égard des médias sociaux et des restrictions d’âge. Alors que l’âge minimum est de 13 ans, les enfants rejoignent Facebook en moyenne à 12 ans, rapportent les chercheurs. La moitié des parents d’enfants de 12 ans savent que leurs enfants y ont un compte. 76 % des parents ont même aidé leurs enfants de 12 ans à ouvrir un compte. Pire, 78 % des parents pensent qu’il est acceptable pour leurs enfants de violer les conditions de restriction d’âge des services en ligne.

Une situation qui montre que les sites sociaux ne devraient peut-être pas restreindre l’accès aux enfants sur leurs sites, mais pour cela il leur faudrait obtenir une autorisation parentale, qui s’avère trop complexe à mettre en place, tant et si bien qu’ils préfèrent se conformer bien facilement à la loi. En fait, rappelle danah boyd, la Coppa est antérieure à la montée des médias sociaux. “Ceux qui ont imaginé la loi n’ont pas imaginé une société où l’échange de donnée serait un élément central de la participation” à la société. La Coppa préserve les enfants de la collecte de données “alors qu’il faudrait plutôt les préserver de la manière dont elles sont utilisées”. Mieux, prévient la chercheuse : “Si les enfants sont une population particulièrement vulnérable, ils ne sont pas la seule. La plupart des adultes font hélas peu de cas de la façon dont leurs données sont stockées, partagées ou vendues.”

Une troisième histoire est celle vécue par Howard Rheingold
(http://www.internetactu.net/2009/05/26/sommes-nous-multitaches-12-comment-apprendre-a-maitriser-notre-attention/) qui s’est remis à l’enseignement et qui en revenant dans une salle de cours s’aperçois que tous les élèves avaient des Netbook, des smartphones ou autres outil numérique qui font baisser l’attention en cours.

Après avoir porté un regard réflexif sur la pratique de ses élèves (qu’il a même filmé), Howard Rheingold s’intéresse à la maîtrise de l’attention (le sujet avec lequel il ouvre ses cours, comme il l’explique en vidéo). Et d’expliquer que la maîtrise de l’attention en classe, pour lui, est un exercice collectif et toujours mouvant, auquel il doit fortement associer ses élèves. Parfois, pour ramener l’attention, il demande à ses étudiants de fermer leurs ordinateurs et à d’autres moments, il leur demande de tchatter sur ce qu’il dit, pendant qu’il demande à un autre groupe de faire une recherche sur le sujet qu’il a lancé et à d’autres de prendre des notes de ce qu’il raconte pour les partager avec le reste de la classe. Howard Rheingold a ainsi testé in vivo l’application de multiples règles, lui permettant de comprendre que celles-ci sont des outils essentiels pour ceux qui voudraient maîtriser l’art de l’attention à l’ère de la connexion permanente.

Donc plutôt qu’interdire en classe les technologies, une des solutions serait plutôt apporter des astuces pour utiliser ces technologies en cours, pour qu’ils soient utiles plutôt qu’une source de baisse d’attention.

La quatrième et dernière histoire présentée par Hubert Guillaud est celle de Shalman Khan
qui donnait des cours par messagerie instantanées avec sa famille, puis a produit des vidéos sur Youtube pour expliquer les mathématiques, il a ainsi produit une quantité importante de ressources sur les mathématiques et son succès a dépassé le cadre de sa famille puisque ces vidéos ont été vues et partagées par des milliers d’internautes pour apprendre les mathématiques.

En synthèse de ces quatre histoires, on pourrait dire que dans le numérique et l’Internet à l’école, ce n’est pas la technologie qui prime, mais les règles sociales qui se développent et qui sont utiles dans les apprentissages qui restent essentielles.

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