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Et si le fait d’équiper les élèves n’était pas aussi compliqué que cela ?

[callout]Je me permets cette question en ne perdant pas de vue le fait incontournable et évidemment important que représente l’impact financier de telles décisions…Une précaution en introduction, de rigueur, car les premiers retours à chaud pourraient être cruels et cyniques, me reprochant de ne pas en avoir conscience ou de parler sans savoir…[/callout]

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En réalité, je précise que j’en suis très conscient ; pour de multiples raisons.

La première étant que pour en arriver à produire applications, articles et réflexions, il a fallu depuis plus de 15 ans investir sur fonds personnels dans un domaine où chacun s’accordera à dire que, suivre l’évolution technologique et pédagogique pour promouvoir les innovations représente un coût certain, qui se démultiplie au-delà de l’échelle personnelle, jusqu’à l’investissement en nombre pour pouvoir proposer, expérimenter, conclure débattre. C’est précisément mon cas. Et je suis loin d’être le seul !

Je m’estime de ce fait suffisamment bien placé pour en débattre. D’autant plus que ces derniers mois, au fil des salons et des rendez-vous divers, des réunions pédagogiques, des commissions TICE, et des réunions de groupes (GEP, IATICE, colloques en université, associations, entreprises, éditeurs, fournisseurs, Conseils Généraux…), j’ai pu rencontrer un nombre considérable de personnes directement impliquées dans la promotion des usages, dans le développement de stratégies d’équipements et plus directement, dans les décisions politiques inhérentes à l’éducation, les politiques d’équipements et les stratégies numériques.

Pour ma part s’ouvre aujourd’hui un débat sans fin auquel je souhaite contribuer. Mettre un terme ? Apparemment pas ! Mais à ma manière, exprimer le fruit de nombreuses heures passées sur le terrain de la pratique avec comme contraintes celles liées à un véritable souci d’éducation et de formation, mais aussi celles qu’impliquent l’apport de technologies dans le système éducatif tel que nous le connaissons aujourd’hui, à mes yeux encore trop craintif et peu confiant, et pour des raisons souvent injustifiées.

Tout d’abord, j’affirme qu’il est impossible de tout contrôler !
Oui ! une affirmation bien particulière au sein de ce débat. Et c’est important.

Après plus de 3 années de tablettes numériques, nous en arrivons à une évolution graduée des souhaits d’équipements numériques où l’élève devient le fait d’un enjeu particulier.

Et qui dit élève dit enfant, avec le souci permanent que nous avons, nous adultes de le protéger, à commencer par contrôler ses actions…

J’imagine déjà la réaction de certains parmi vous, considérant ces propos comme restrictifs et peut-être provocants. Il me faut tout de suite être pragmatique pour apaiser les tensions naissantes.

En effet, j’ai pu constater au fil du temps, la naissance de nombreux projets allant du simple équipement en tablette à celui de l’idée d’objets connectés, voir « omni » connectés. Les oppositions restrictives ont toujours été nombreuses, allant jusqu’à diminuer considérablement l’impact positif imaginé.
Je ne nie pas les principes de précautions nécessaires à la mise en oeuvre de ces expérimentations (initiées par des prestataires, des entreprises, des partenaires) ; j’interroge sur l’idée finale, l’objectif, du point de vue des élèves et des enseignants associés.

Car à force de multiples précautions, nous en sommes arrivés, sur des concepts géniaux, à limiter considérablement l’impact imaginé et les effets attendus pour produire des compte-rendus souvent à l’identique les uns des autres, quelles que soient les sensibilités et provenances géographiques, sortes de copier-coller déprimants où sans filtre de lecture ; on pourrait imaginer qu’au final, rien n’est vraiment possible.

Le contenu se limite à un cadre assez simple où l’on reprochera aux enseignants de faire la même chose qu’avant avec toutefois, la formidable possibilité d’avoir un outil capable d’en représenter plusieurs sur le même support (texte, image, son).

Le filtre quel est-il ?

Et bien n’ayons pas peur des mots. La psychose ultra sécuritaire sur les usages génère de la frustration, limite les innovations, les freine parfois ! Je considère aujourd’hui, qu’à l’image de la société, une véritable industrie de la sécurisation se développe pour rassurer l’initiation et la conception des politiques d’équipements, s’adressant aux décideurs politiques et à l’Éducation Nationale au travers de ses différentes institutions, avec complaisance et détermination sur les démons technologiques. Deux effets considérables et contre-productifs :
– le surcoût des projets
– la complexité des mises en œuvre et les problèmes associés

Je ne rentrerai pas dans le détail de chacun de ces points, mais toutefois, je ferai un petit résumé des conséquences. Il apparaît que la conception et l’utilisation d’applications nécessitant des identifications multiples sur les périphériques, quand celles-ci peuvent se faire en n’étant pas obligatoirement connecté, sont trop souvent gênantes. Il en va de même pour certains espaces numériques, leur ergonomie et la lourdeur de leur administration. Ceci interroge :

comment aboutir à ce que nous recherchons de manière la plus évidente : souplesse d’utilisation et mise en œuvre intuitive et rapide entre les mains des enseignants et des élèves ?

Martial_pointdevueequipement171014Pour moi, ce « mal » restrictif, pensé et repensé sans cesse, dès que ce genre de décisions se profilent, que ce soit au travers de l’équipement collectif ou individuel, produit un effet dévastateur qui éloigne les utilisateurs de leur mission d’innovation, d’éducation et de formation. Pire que tout ! C’est nier l’évidence qu’il est impossible de tout contrôler. Mais il est impératif de former et éduquer aux usages numériques. Il me semble aujourd’hui que les nombreuses précautions prises sur les réseaux pédagogiques des établissements scolaires suffisent à protéger à la base les enfants, et permettent d’éviter les dérapages pouvant laisser craindre aux enseignants de ne pas pouvoir maîtriser l’outil.

Quelle politique idéale ?

Je me confronte depuis plusieurs semaines à un débat sur l’équipement numérique mobile. Équipements en tablettes : faut-il doter les élèves avec des tablettes numériques qui resteront dans l’établissement ou pourront-ils les transporter ? (Sachant que cette tablette est personnelle et vouée à sa scolarité – collège).

Mon point de vue : doter les élèves, leur permettre de transporter cette tablette (c’est un objet mobile).

Les prérogatives que je préconiserais :
– équiper les enseignants : le même outil, et leur permettre de les manipuler et trouver les actions de formation collectives ou individuelles dont ils auront besoin le plus facilement possible.
– ne pas s’attarder sur l’hyper sécurisation des outils, mais au contraire, investir dans un panel d’applications performantes, adaptées aux besoins et agissant de manière concrète, facile et efficace avec les ENT.
– réfléchir de manière efficace à une éducation au numérique appuyée sur la pratique, la production et donc la manipulation, en banalisant l’outil au même titre que l’est un dictionnaire, de manière à le rendre non pas omniprésent, mais intéressant dans l’utilisation ponctuelle.

Pour :
– renforcer le rôle des équipes éducatives et leur donner une réelle fonction éducative axée sur la découverte et l’adaptation au numérique, domaine qui échappe aux plus jeunes, vampirisé par les réseaux sociaux et les jeux, et les sortir de ce carcan éducatif strict basé sur l’autorité et la discipline
– favoriser la commande et la production d’applications adaptées aux besoins de formation dans une politique globale
– réaliser, au passage, des économies de temps et d’argent si l’on considère que, obliger un élève à déposer et prendre sa tablette dans l’établissement génère une réorganisation totale et lourde du fonctionnement des établissements, que ce soit en terme de service des personnels comme en terme d’équipement des salles !
– et pallier aux éventuels oublis, pannes, dysfonctionnements par un système de prêt provisoire qui se ferait à la marge… Je considère que la tablette prendra le rôle (et non pas la place) d’un cahier, d’un stylo, d’une règle… ou d’un livre, pouvant aller jusqu’au carnet de correspondance le cas échéant. un outil de travail ! Un lieu de connaissance et d’apprentissage !

Et pour conclure sur les choses qui fâchent, je vais reprendre un discours que mes collègues formateurs TICE EPS et moi-même utilisons en stage de formation : après des années de pratique, avec du matériel acheté pour beaucoup sur nos fonds propres (je me répète, mais c’est nécessaire), nous n’avons constaté aucun vol ; une casse (c’est le risque).

Aujourd’hui, avec le soutien d’entreprises (MDSYS, Easytis), nous travaillons avec du matériel prêté et configuré par nos soins (sans surcouches de prestataires) sur le terrain de l’EPS, en extérieur, en gymnase, avec la photographie, la vidéo, le son et de nombreuses applications, très souvent payantes par achat ponctuel ou abonnement, et nous n’avons qu’à constater d’un engouement certain et une vraie motivation de nos élèves.

Mon propos était de donner à l’enseignant la place qu’il mérite dans l’éducation et la formation par le numérique et d’aider les décisions prises ou à prendre à voir le jour dans un choix difficile mais ambitieux. C’est un point de vue que j’assume et sur lequel j’argumente tout en étant capable de comprendre l’ensemble des restrictions qui me seront opposées.

Je crois fortement en l’impact du numérique dans la transformation des rapports aux savoirs, et également au soutien qu’il apporte aux enseignants dans l’aide à la valorisation des progrès et des réussites chez les élèves. Non pas que ce soit une nouveauté chez les enseignants, mais que cela le soit au travers des modes de transmissions.

N’est-on pas d’accord pour dire aujourd’hui que l’information nous paraît plus dense non pas parce que les évènements se bousculent mais bien parce qu’ils nous parviennent plus nombreux et plus rapidement ? Il en est de même pour les apprentissages.

Nous n’avons pas à nous inquiéter de la somme de ce qu’il y a à faire, car pour qui aura un tant soit peu réfléchi sur les développements individuels, et regardé les programmes scolaires, la hiérarchie reste la même. Seuls outils et mode de transmission évoluent, générant des attentions différentes et ouvrant l’esprit sur un monde qui bouge. D’où cette place importante accordée aux enseignants dans la formation et l’éducation… avec le numérique.

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