POINT DE VUE

La médiathèque numérique de demain

Pierre Mathieu, Directeur du CDDP de la Corrèze imagine la médiathèque de demain. Avec le déploiement des iPads dans son département, la ressource numérique n’est plus seulement nécessaire, mais elle est devenue indispensable pour optimiser les usages de ces nouveaux matériels.

Comment serait-elle ?

La médiathèque de demain serait celle qui regrouperait tous les documents, ressources, livres, utiles dans l’enseignement et disponibles pour les enseignants et les élèves dans le cadre de leurs apprentissages. C’est telle qu’elle existe en papier dans un CDDP, mais cette fois en version numérique.

Les ressources de la médiathèque pourraient provenir du domaine public, des éditeurs publics, des éditeurs privés ou des enseignants eux-mêmes.

Comment fonctionnerait-elle ?

Le principe de la médiathèque numérique est le même que pour une médiathèque classique ; elle fonctionnerait par abonnement des enseignants et des élèves.

La gestion des contenus de la médiathèque pourrait être confiée au réseau Scéren qui reverserait des dividendes aux différents fournisseurs de contenus en fonction de l’utilisation en téléchargement ou en consultation qui sont faits de leurs ressources.

Le fonctionnement de cette médiathèque pourrait s’apparenter aux nouveaux modes de diffusion de la musique  (voire des exemples comme DEEZER). Comme pour les listes de lecture en musique, l’enseignant aurait la possibilité de créer une bibliothèque pour chacune de ses classes ou de ses niveaux d’enseignement pour un accès plus aisé de ses élèves.

Les avantages ?

Une disponibilité complète des ressources utilisables par les professeurs et les élèves qui pourraient consulter de nombreuses ressources de provenances différentes.

«Le cœur de métier du réseau Scéren, c’est la médiathèque ; la force de son réseau de documentalistes permet d’indexer, de valoriser les ressources produites», déclare Pierre Mathieu.

Les nouveaux outils d’indexation comme le ScoLom.fr permettent aux utilisateurs de disposer d’outils de recherche puissants adaptés à leurs recherches et leurs attentes. Ils sont adaptés à des usages non documentaires et peuvent être utilisés par des élèves ou des familles à la recherche de ressources.

Le maintien d’une édition privée aux cotés de l’édition publique ou de l’édition en créative commons serait le garant d’une qualité et d’une pluralité de ressources.

«Les manuels sont aujourd’hui achetés pour des périodes longues et sont parfois non conformes lors des changements de programmes. De plus, ils ne sont que très rarement utilisés de façon unique dans un cours et les enseignants proposent la plupart du temps des ressources photocopiées ou créées de toutes pièces. On constate souvent que le ratio entre le prix du manuel papier et son utilisation réelle rend son coût prohibitif. L’utilisation d’une médiathèque permettrait une réelle utilisation  de plusieurs manuels complétée par de nombreuses autres ressources».

D’autre part, la visibilité du coût de la mise à disposition que ce soit pour l’éducation nationale ou la collectivité permettrait une vision claire du fonctionnement à l’année pour un département ou une région.

Cette médiathèque numérique pourrait être envisagé pour le premier degré, le Collège et et le Lycée. Néanmoins, la médiathèque numérique « Collège » semblerait être la plus aisée à mettre en place dans un premier temps, le financement des manuels étant assumé par l’état ; ce dernier peut aisément réaffecter certains de ses financements.

Difficultés à envisager

• La nécessité pour les élèves et professeurs de disposer d’un terminal numérique et d’une connexion (tablette ou autre), pour disposer des ressources.
• La réaction des éditeurs publics qui vont voir leur marge sur la publication classique amputée de façon drastique avec ce modèle où l’abonnement est partagé en fonction des utilisations des usagers. « Les premiers entretiens avec certains éditeurs font apparaître qu’ils ne sont pas forcément hostiles à étudier ce type de distribution », confie Pierre Mathieu.
• La nécessité de revoir le modèle économique comme l’a fait le milieu de la musique qui reverse régulièrement aux maisons de production la quote-part de ce qui a été écouté sur une période donnée. Le modèle a mis une dizaine d’année à voir le jour dans la musique, cela peut néanmoins aller beaucoup plus vite avec une décision politique.
• La nécessité de produire avec des formats ouverts les ressources proposées par les créateurs (html5 par exemple)
• Un modèle de redistribution des abonnements doit être trouvé en fonction de l’hétérogénéité des ressources qui peuvent être proposées (du manuel complet à la simple carte géographique ou une poésie audio) cette classification / rétribution doit être trouvé avec les différents acteurs de l’édition.

Pierre Mathieu conclut en indiquant que «ce modèle de distribution de ressources serait parfaitement en phase avec les usages et les pratiques pédagogiques qui sont en cours aujourd’hui. Une décision politique forte permettrait à l’éducation (aidée ou non par des prestataires privés) de mettre en place ce type d’outil, parfaitement réalisable en quelques mois. Les éditeurs classiques devront à terme adapter leurs productions, ce qu’ils ont déjà commencé à faire».

« Enfin, ce n’est pas parce que cela paraît compliqué qu’il ne faut pas le faire« .

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