ACTION PUBLIQUE

Rôle des collectivités territoriales et avenir du système éducatif au XXIe siècle ?

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Jean-Pierre Quignaux, le système éducatif français est-il véritablement en crise ?

« La crise du système éducatif français a fait l’objet de montagnes de rapports et de livres. Les grandes études comparatives internationales la confirment.
L’enquête PISA 2010 de l’OCDE, par exemple, montre que sur 65 pays, en lecture et en maths,  le niveau des élèves français de 15 ans se situe au 22ieme rang et en sciences au 27ieme. Depuis 2000, malgré une augmentation des dépenses d’éducation, ces résultats moyens, pour ne pas dire médiocres, ne se sont pas améliorés en lecture et se sont dégradés en maths et en sciences. Cette enquête démontre aussi que notre pays est l’un de ceux où l’écart s’accroit entre les « 
meilleurs élèves »  et les « moins bons élèves».

Ainsi, le système éducatif français produit d’un coté une super-élite  issue des classes sociales les plus avantagées et, de l’autre, un échec scolaire de masse. 20% des enfants sortent du système scolaire sans diplôme. C’est toute la conception pyramidale, centralisée et ultra-sélective de l’enseignement scolaire et de l’éducation en France qui est en cause d’autant que depuis une dizaine années la démocratisation des outils numériques, de l’internet et des mobiles transforment à très grande vitesse, les moyens d’accès aux savoirs et les modes de diffusion et de partage des connaissances.

La France se place au 12ème rang européen pour les connexions des établissements scolaires au haut débit, au 9ème rang européen pour l’équipement en ordinateurs des lycées, au 7ème rang pour l’équipement des collèges, au 8ème rang de l’équipement de l’ensemble de ses établissements scolaires. Plus grave, nous sommes au 21ème rang sur 25 pays pour l’utilisation de l’ordinateur en classe et au 24ème rang pour l’usage des TIC dans le contexte pédagogique. »

Face à ce constat, quel rôle nouveau peuvent avoir les collectivités territoriales, un rôle de régulateur, d’initiateur de compensateur ?

« Au rythme répété des lois de décentralisations, les collectivités territoriales ont été progressivement chargées de l’équipement et du fonctionnement des établissements scolaires, chacune à leur niveau, le primaire pour les Communes, le collège pour les Départements, les lycées pour les Régions.

Ces collectivités territoriales ont jusqu’à maintenant ont été spectatrices de l’avalanche des textes et instructions déclenchée  par chacune des Réformes Nationales.

Au premier rang, les élus territoriaux ont pu constater sur le terrain l’impuissance de celles-ci  à enrayer le mal-être scolaire grandissant des enseignants, des parents et des élèves.  C’est peu connu car peu médiatisés mais sans les collectivités territoriales la situation du système scolaire et éducatif de la France serait bien plus dramatique qu’elle ne l’est !

Aujourd’hui, les collectivités territoriales sont le deuxième financeur du système d’éducation français. Sur les 130 milliards de dépenses d’éducation, l’Etat finance environ 60 % de celles-ci  (ce sont pour l’essentiel les salaires des personnels), les collectivités un peu moins de 25 %, les ménages environ 8 %, les entreprises 6 % et les Caisses d’Allocations Familiales 1%.
Tous les enseignants et chefs d’établissements en conviendront : sans les investissements que les collectivités territoriales ont consentis au cours des dix dernières années dans la rénovation ou la construction d’établissements, dans leur modernisation les conditions de la scolarité en France seraient encore plus dégradées et notre pays serait bon dernier en Europe pour l’usage pédagogique des technologies de l’information et de la communication. »

Quel défi pourraient-elles relever les, peuvent-elles être maitre d’œuvre dans la conception d’un nouveau socle pour l’école de demain ?

« Le défi qui est devant nous est de concevoir l’Ecole du XXIe siècle, l’école pour tous et pour chacun, une école pour apprendre, comprendre  et vivre ensemble tout au long de la vie et non pour sélectionner depuis l’enfance une élite conformiste destinée à se reproduire.

De ce point de vue, c’est le niveau moyen de tous les élèves qu’il convient désormais d’élever – non plus par le seul moyen d’un système scolaire partout identique, vérifié, contrôlé, ajusté par une hiérarchie unique –  mais par la constitution et la mobilisation de communautés éducatives se donnant comme objectif de n’oublier personne pendant tout le temps d’une scolarité obligatoire réinventée qui pourrait s’étendre sans discontinuité, pourquoi pas de 3 à 18 ans,  dés lors que des temps d’éveil aux solidarités et d’alternance y sont incorporés et que l’école de demain soit pensé comme un système d’hybridation des apprentissages collectifs et individuels en présentiel et à distance.

De ce point radical, et au regard de leur impuissance passée, le constat doit être fait que les réformes globales, par le haut, par le National, seront inopérantes parce que toujours programmées pour tous et ne laissant que qu’une faible autonomie aux communautés  éducatives pour s’organiser afin que chaque enfant trouve sa trajectoire de réussite.

C’est le Haut Conseil pour l’Education qui l’affirme : « les pays dont le système éducatif fonctionnent le mieux en termes d’équité et de performance partagent au moins trois caractéristiques : « Ils sont parvenus à définir pour leur école un objectif clair faisant l’objet d’un large consensus parmi la population ; ils ont su mettre en place une formation des maîtres et des enseignants visant à développer des pratiques éducatives qui favorisent la réussite de chaque élèves, ils ont en général octroyé à leurs établissement scolaires des marges d’autonomie rendant possible une organisation souple… »

La conception puis la mise en œuvre d’une école républicaine rénovée pour le XXIe siècle ne sont envisageables  qu’à la condition qu’une grande autonomie et des moyens soient accordés aux chefs d’établissements, aux enseignants, aux collectivités territoriales mais aussi aux parents et aux élèves pour se constituer « en bassin intergénérationnels d’éducation tout-au-long-de la vie » sur la base d’un nouveau socle commun scolaire.

Il est illusoire de penser que le niveau national soit le plus apte pour conduire les politiques publiques innovantes qui permettront de faire face avec plus de sérénité et d’optimisme à l’avenir.

Cette transformation, à l’image de celle des modes de transmission culturelles par les nouvelles technologies, ne peut aujourd’hui s’opérer qu’en réseau et de façon collaborative et ascendante, par les nouvelles pratiques de terrain.

A cet égard les collectivités territoriales dont le développement local est la priorité doivent avoir la conviction qu’elles ont le devoir de tout faire pour inventer l’école du XXIe dans le cadre d’une nouvelle étape de la décentralisation et de la déconcentration de la République. »

Jean-Pierre Quignaux
Economiste et Diplômé d’Etudes Supérieures de Défense, Jean Pierre Quignaux a travaillé au Secrétariat Général de la Défense Nationale auprès du Premier Ministre puis pour le Centre de Prospective et d’Evaluation du Ministère de la Recherche et de la Technologie. Fondateur de l’Agence pour la Diffusion de l’Information Technologique, il a contribué au développement de la veille prospective technologique internationale et de l’intelligence économique pour le compte de plusieurs ministères notamment de la Recherche, des Affaires Etrangères et de l’Industrie. Depuis mars 2010, il est responsable de la Mission « Usages et Services numériques, Innovation et  Aménagement Numérique du Territoire » de l’Assemblée des Départements de France.

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