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Téléphone portable et corporéité : une double mobilité technologique et physique dans les interactions numériques des jeunes

Cette contribution se considère comme un approfondissement théorique et empirique de deux travaux de recherches :

-Le premier est un article rédigé en collaboration avec Nayra Vacaflor. Il est intitulé «Téléphone mobile et expression identitaire : réflexions sur l’exposition technologique de soi parmi les jeunes»[1]

-Le deuxième est notre thèse de doctorat sur les dimensions sémio-anthropologiques du téléphone mobile chez les étudiants étrangers de Bordeaux[2]

La base empirique de notre contribution est une enquête de terrain qualitative conduite auprès d’une population jeune et multiculturelle de 18 à 28 ans. Cette population technophile habite la ville de Bordeaux. Notre démarche méthodologique est anthropocentrée.

C’est à travers une série d’entretiens semi-directifs que nous avons pu accéder à l’univers téléphonique mobile des jeunes. Cette contribution s’intéresse donc à appréhender la corporéité du téléphone portable et l’idée que cet appareil est une extension du corps humain, au-delà d’une compréhension techno-centrée de la mobilité technologique favorisée par le portable.

Le téléphone mobile est devenu en peu de temps un outil indispensable en termes de communication et de relations interpersonnelles et un véritable phénomène de société au niveau mondial. Personnel, compact, commode, corporel et très intime, le téléphone mobile noue entre lui et son usager une convivialité particulière.

C’est pourquoi même en famille chacun a le sien, et s’attache de plus en plus, à le différencier des autres. La personnalité du propriétaire tendant à se projeter sur lui, chacun peut faire de son mobile un monde à son image.

Peu d’objets technologiques de l’ère contemporaine se sont glissés de manière massive et significative dans la gestualité quotidienne. Par ses promesses, son agilité manuelle et son utilité technique, le mobile est rapidement approprié par l’individu établissant ainsi une correspondance harmonieuse entre corps et objet.

L’automatisme typique de dormir avec son mobile démontre que cet appareil habituellement à portée de main, dans la poche et emporté toujours avec son possesseur est devenu plus qu’un objet indispensable. Son intégration dans la routine corporelle étant un fait évident, l’objet est inséparable du sujet et l’éteindre un moment ne sera quasiment jamais pensé.

Le mobile est justement un prolongement corporel, c’est pour cela que son usage relève de l’intime. Prolongement corporel ou seconde peau, le mobile l’est sans doute dans la mesure où la frontière marquée entre intérieur et extérieur est un rôle joué habituellement par la peau.

Tout comme la montre à main, les lunettes mais surtout les vêtements, cette image démontre combien l’objet peut représenter un véhicule excellent de l’identité. Ici on se rend compte que la matérialité de l’objet est éloquente au-delà de sa  représentation sociale. Par conséquent il n’est pas inintéressant de remarquer jusqu’à quelle limite la technologie tisse des rapports fins et intimes avec le corps humain.

Dans l’univers des jeunes, le mobile occupe une place privilégiée dans le panorama des objets du quotidien. Alors que le corps humain s’active et se transforme tous les jours à travers une myriade d’actions, le mobile quant à lui, restant souvent à portée de main se laisse aussi transformer  par son utilisateur. Ce dernier ne cessant de l’esthétiser et de le personnaliser en fonction de ses goûts, y préserve un réservoir de son intimité, un peu à la manière du journal personnel et des carnets de voyage qui constituent un espace excellent pour l’exposition de soi et la sauvegarde des secrets.

Communication scientifique ludovia présentée le 30 août 2011 à 15h00 par Mahdi AMRI sur l’Université d’été www.ludovia.org

Biographie de l’auteur

Docteur qualifié et ATER en Sciences de l’information et de la communication à l’IUT Charlemagne-Nancy 2, je suis affilié au Centre de Recherches sur les Médiations (CREM). D’origine marocaine, j’ai obtenu d’abord en 2004 à Tunis une maîtrise en Sciences de la communication. J’ai travaillé auparavant dans l’enseignement de Français dans les collèges, l’accompagnement scolaire, la communication interculturelle, le secteur associatif, l’animation commerciale et la production audiovisuelle. Mes travaux de recherche portent sur : la photographie digitale, les nouveaux médias de communication et les cultures jeunes, l’anthropologie de la téléphonie mobile, la sociologie des réseaux sociaux ainsi que le militantisme citoyen et artistique sur Internet.

Notes

[1]AMRI Mahdi, VACAFLOR Nayra, (2010). Téléphone mobile et expression identitaire : Réflexions sur

l’exposition technologique de soi parmi les jeunes. In : Les Enjeux de l’Information et de la Communication, [en ligne]. Disponible sur : http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/2010/Amri-Vacaflor/index.html

[2]AMRI, Mahdi, (2010), Culture technophile : vers une anthropologie du téléphone mobile. Sarrebruck, Editions Universitaires Européennes. Disponible sur : www.amazon.fr

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