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Le BYOD au lycée, un nouveau cadre pour l’appropriation des technologies numériques par les élèves et les enseignants

L’équipement des élèves de l’enseignement scolaire amorce un tournant susceptible de modifier en profondeur les usages que ceux-ci font des technologies numériques. L’ampleur du mouvement d’équipement personnel des élèves s’accroît au point d’interroger, voire de condamner, la logique des plans d’équipement à l’œuvre depuis plusieurs décennies.

A la croisée des chemins, l’Etat et les collectivités s’interrogent sur la nécessité d’équiper des élèves déjà très bien outillés.

C’est le thème du BYOD (Bring Your Own Device) dont l’actualité se révèle jour après jour.

On observe là un renversement de situation qui renouvelle la question de l’appropriation des technologies numériques dans le champ institutionnel de l’éducation selon deux dimensions.

La première concerne les élèves. A l’organisation très contrainte de l’usage de matériels et ressources numériques scolaires fournis aux élèves par l’institution succède un contexte de plus grande latitude où, d’une certaine manière, les élèves importent non seulement à l’Ecole leurs matériels et ressources numériques, mais aussi des comportements et postures construits à l’extérieur de l’Ecole.

Jusqu’à aujourd’hui, on observe deux catégories principales d’usages du numérique à l’Ecole à des fins personnelles : les détournements d’usage des matériels scolaires (quand l’enseignant « ne regarde pas ») et les usages cachés des équipements personnels (essentiellement des smartphones).

L’intégration du BYOD à la politique numérique des établissements scolaires légitime l’usage des équipements personnels et facilite la réalisation d’activités non scolaires au cœur même des cours.

Cette situation, courante à l’université, gagne peu à peu les lycées et les collèges.

La deuxième dimension nouvelle relative à l’appropriation du numérique concerne les enseignants qui ont à faire face à une situation inédite où ils doivent concevoir et conduire des activités d’apprentissage qui mobilisent un équipement qui n’est pas celui de l’établissement scolaire, qui peut être hétérogène et dont la mise en œuvre emprunte aux habitus d’un public qu’ils doivent envisager comme des individus avant de les considérer comme des élèves.

Cette transformation du contexte pédagogique fournit un nouveau cadre, au sens d’Erving Goffman, des usages scolaires prescrits et effectivement réalisés des technologies numériques. Elle interroge plus généralement la pertinence de la forme scolaire actuelle dont une part importante des déterminants et en particulier le contrat didactique sont mis en tension par les transformations qu’induit pour les élèves comme pour leurs enseignants, la disponibilité permanente de services et ressources numériques.

Si le BYOD est une réalité qui s’installe, parfois malgré l’institution et en marge de véritables projets pédagogiques, il est déjà une réalité dans certains établissements scolaires. Parmi ceux-ci, le Lycée Pilote Innovant International du Futuroscope, vient de décider l’abandon de l’équipement systématique des élèves grâce au projet Living Cloud financé par la Région Poitou-Charentes (équipement systématique des élèves et des enseignants avec des tablettes tactiles), pour s’engager dans une politique assumée de BYOD.

La communication proposée analysera la situation de ce lycée, à partir de données empiriques collectées dans le cadre de l’accompagnement scientifique que laboratoire TECHNE assure depuis janvier 2015.

Note de positionnement

Les travaux présentés relèvent des concepts, modèles et méthodes des sciences de l’information et de la communication. Ils mobilisent en particulier les travaux sur l’instrumentation (Rabardel), la médiation instrumentale (Peraya) et les interactions culturelles (cerisier). Ils portent (essentiellement) sur la situation des élèves et des enseignants du Lycées Pilote Innovant International (LPII) qui sera analysée à partir d’un ensemble de données et cours de collecte et de traitement (collecte de logs, questionnaires et entretiens).

Plus d’infos sur la programme du colloque scientifique sur www.ludovia.org/2015/colloque-scientifique

A propos des auteurs Melina Solari et Jean-François Cerisier

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