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Le plaisir de la connexion ou l’envers de la peur du vide

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Alors que, comme dans cet exemple, la majorité des recherches sur les jeunes et les TIC prend en compte les adolescents, il paraît intéressant, d’une part, de voir ce qu’il en est, c’est-à-dire aussi ce qui se conserve de ces pratiques, lorsqu’ils sont devenus de jeunes adultes. D’autre part, il semble opportun d’interroger de telles pratiques. Autrement dit, quel(s) rapport(s) des jeunes aux TIC sous-tend(ent) une telle communication ? L’accroissement des pratiques de communication médiatisées nous amène à poser l’hypothèse selon laquelle ces dernières sont source de plaisir.

Or, définir et concevoir le plaisir n’est pas chose aisée dans la mesure où il s’agit d’un affect. Aussi divers approches ont été proposées dans trois champs principaux que sont, du plus ancien au plus récent la philosophie, la psychanalyse et le marketing. Nous proposerons ainsi tout d’abord d’appréhender brièvement les grandes lignes de ces différentes conceptions du plaisir. Nous en retiendrons principalement qu’il existe potentiellement plusieurs formes ou degrés de plaisir et que le plaisir est un affect ne résultant pas d’une simple satisfaction biologique mais survenant dans le rapport du sujet à l’objet et à la représentation qu’il se fait de ce dernier. Dès lors, quelles sont les formes prises par le plaisir lié à la communication médiatisée ? Dans quelle mesure les TIC jouent-elles le rôle d’objet transitionnel chez les jeunes ?

Méthodologie
Nous proposons d’interroger les représentations, pratiques et compétences numériques des  jeunes via une étude empirique par questionnaires à laquelle ont répondu plus de 1600 étudiants inscrits dans diverses filières de l’université de Picardie en 2011-2012. Il s’agit d’étudier  leurs réponses en termes goûts, fréquences et types d’usages des TIC à l’aide de tris simples et croisés pour les questions fermées ainsi que via l’analyse de contenu pour les questions ouvertes.

Quelques résultats 
Nous verrons que la majorité des étudiants déclare aimer se connecter, certains disant même être connectés dès que possible et ne pas pouvoir s’en passer.  Loin de la technique ou du geste anodin de l’utilisateur, l’usage d’internet semble donc lié à un véritable plaisir. Les raisons évoquées par les étudiants relèvent principalement de trois registres (informationnel, ludique et relationnel) décomposables en 6 sous registres comme nous l’illustrerons avec les propos tenus par certains étudiants avant de mettre en relief que les différentes possibilités de communication offertes par internet apparaissent ainsi comme l’une des raisons de l’attachement à ce média.

Discussion
Si la connexion peut-être source de plaisir, nous verrons que c’est principalement en tant qu’ouverture d’une porte sur un espace social à la fois ancré dans un espace-temps contemporain et offrant apparemment un accès à « tout ».  Il est fort probable qu’une partie des jeunes cherchant toujours à être connectée et à vivre dans l’échange de messages via sms ou sur les sites sociaux, joue en fait au jeu de la bobine analysé par Freud en envoyant un message et attendant impatiemment de recevoir un message en retour.

Qu’il s’agisse de l’attente du message d’un proche ou d’un inconnu avec lequel on joue, le plaisir allant de pair avec la représentation, voire la symbolisation, des moyens de communication que constituent le téléphone portable ou les sites sociaux, semble pouvoir  être considéré comme lié au relâchement de la tension lors de la réception du message, conformément à l’approche psychologique. Par ailleurs, alors que certains étudiants disent ne pas éprouver de plaisir à utiliser internet mais s’en servir contre l’ennui, il semble pertinent d’envisager la connexion comme rempart face à l’horreur du vide métaphysique tel que le conçoit Pascal. Cherchant à fuir son inconsistance ontologique, l’homme cherche effectivement des repères dans le divertissement. C’est ainsi qu’au-delà du plaisir certains usages d’internet sont susceptibles de venir donner du sens au moment où l’existence semble absurde.

Toutefois, si grâce à internet « tout est possible » selon certains étudiants, ce divertissement ne procède que d’une illusion de plénitude…

Source : Cathia Papi, laboratoire CURAPP UMR 7319, Université de Picardie Jules Verne

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