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Le sens que donnent les étudiants à leurs pratiques de l’ENT

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Le travail que nous exposons ici est une exploration de l’apport qu’amène la psychologie sociale dans l’analyse de pratiques des Tices. Nos travaux ont étudié à travers les représentations sociales des étudiants, non pas les pratiques objectives qu’ils avaient de leur Environnement Numérique de Travail, mais le sens qu’ils y donnaient.

Les représentations sociales sont définies comme le « produit et le processus d’une activité mentale par laquelle un individu ou un groupe reconstitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique » (Abric, 2011, p.43). Nous cherchons à travers ces structures cognitives comment l’ENT s’est ancré dans les représentations sociales des étudiants, et comment il prend du sens dans leurs habitudes.

Par l’étude de questionnaires d’associations libres, et d’entretiens centrés sur les pratiques, nous avons pu mettre en évidence les variations de sens que pouvait revêtir les utilisations d’un même outil, et identifier les différents profils des personnes véhiculant ces discours.

L’analyse de 104 questionnaires de type carte associative, sur une population en présentiel et par correspondance, nous a permis de mettre à jour la hiérarchie des éléments constituant les représentations de cet objet (Test prototypique de Verges), mais aussi de contextualiser ces derniers (items de second niveau sur la carte associative).

Nous avons pu ainsi voir que, si d’une façon quantitative, nous retrouvons la quasi-totalité des éléments dans les deux groupes, leurs hiérarchies diffèrent suivant la modalité d’enseignement. Ainsi nous retrouvons plus d’éléments dans la zone du noyau central pour les étudiants n’étant pas sur le campus, alors que ceux en présentiel se contentent de peu d’éléments.

Le croisement de  ces résultats, avec une analyse de similitude (Flament 1962, Degenne & Verges 1973) de la carte associative centrée sur les usages en prenant en compte le régime d’inscription met en évidence l’articulation des étudiants du SED sur un axe Moodle-Communication, alors que ceux étudiant sur l’université sont sur l’axe Moodle-Information, avec une branche « propre » centrée sur le catalogue documentaire.

Le second temps de l’étude est constitué d’une enquête par entretiens semi-directifs. L’analyse des entretiens par la méthode Reinert sous le logiciel Iramuteq (Ratinaud, Lerass, Université de Toulouse), additionnée aux analyses de similitude des discours portés par nos populations, nous ont permis de conforter nos premiers résultats. Ainsi, lorsque nous avons relevé le discours sur la place générale de l’ENT dans la vie universitaire, nous avons observé une fracture entre nos deux populations.

Les étudiants en présentiel, restant sur des descriptions listant un inventaire des outils utilisés, prêtent peu de conséquence à l’arrêt de ce service. Alors que leur homologues à distance (SED), eux, contextualisent leurs utilisations en invoquant une image de lien entre l’université et eux.  Nous avons également observé une classe de discours significativement plus porté par les étudiants de Master. Après l’étude comparative des arbres maximums des populations de Master et de L3, il est ressorti une structuration plus complexe chez le premier groupe.

 Ainsi, ils accordent des utilisations plus variées, centrées autour de plusieurs pôles (Contact/professeur, identité/étudiant, regroupement/question…) alors que la pensée du second groupe suit un seul axe (professeur/aller/cours/vraiment).

Sur la question traitant spécifiquement des pratiques, il ressort deux discours significativement plus portés par les étudiants du SED. Nous retrouverons ainsi, les deux extrêmes que disent vivre les membres de cette population :

  • d’un côté la solitude du travail face à leurs cours  et à,
  • l’opposé un type de discours axé sur les valeurs d’échange et de partage.

La population en présentiel, quant à elle, est significativement plus présente dans les trois classes marquées par le mail.  Elle va ainsi décrire les différentes facettes de cet outil en séparant un usage personnel, de celui « professionnel » auquel est réservé le mail de l’université.

Cette étude (exploratoire), nous a permis de mettre en évidence à partir des représentations de l’ENT, comment sur un même outil, le contexte dans lequel évoluent les étudiants, influence le type de pratiques mais, surtout l’intention qui est mis sur ces dernières.

Bibliographie

  • Genevois, S, Poyet, F. (2009). Les usages pédagogiques des ENT d’Isère et d’Auvergne. Rapport d’étude 2009, INRP
  • Raby, C. Karsenti, T. Meunier, H. et Villeneuve, S. (2011). Usage des TIC en pédagogie universitaire : point de vue des étudiants. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, Vol. 8(3), p. 6-19
  • Beauvois J.-L., Joule R.-V., Monteil J.-M. (1998). Vingt ans de psychologie sociale expérimentale francophone. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble.
  • Abric, J.-C. (2011). Pratiques sociales et représentations. Psychologie sociale. Paris: Presses universitaires de France.
  • Vergès, P. (1994). Approche du noyau central, propriétés quantitatives et structurales, In, C. Guimelli, Structure et transformations des représentations sociales. Paris, Delachaux & Niestlé, p.233-353
  • Flament C. (1962), L’analyse de similitude, Cahiers du centre de recherche opérationnelle, 4.
  • Degenne A. Verges P. (1973), Introduction à l’analyse de similitude, Revue française de sociologie, 14.

Voir le programme complet du colloque scientifique Ludovia#11
Voir la bio de Lucie Loubère sur Ludovia 2014

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