ACTION PUBLIQUE

Economie locale et «durable» : le fil rouge de la politique éducative de la Région Midi-Pyrénées.

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Des lycées rénovés et des lycées tout neufs pour tout le territoire

Dans un territoire plus grand que la Belgique, avec huit département étendus sur plus de 45 000 km2, voilà un vaste chantier que de maintenir des équipements en bon état pour tous les lycéens. Dans le cadre de ses compétences légales, la Région Midi-Pyrénées a donc pris soin d’entretenir les lycées et de rendre l’enseignement et l’accueil des jeunes, le plus agréable possible.

Hormis l’investissement porté sur les laboratoires de langues et l’ENT (Environnement Numérique de Travail), une politique ambitieuse de rénovation, d’entretien et même de construction de neuf lycées depuis 2003 (Foix-Ferrières, Caussade, Tournefeuille…) a été engagée ; et pas seulement dans l’agglomération toulousaine car, nous le verrons, la Région s’attache particulièrement à entretenir son réseau d’enseignement à travers tout le territoire pour ne pas privilégier sa «capitale», déjà impulsée par un développement naturel.

Après le dernier plan pluriannuel de travaux entre 2007-2012, qui prévoit notamment la construction d’un lycée neuf à Villefranche de Lauragais, presque 800 millions d’euros auront été consacrés à la rénovation et la construction d’établissements scolaires.

Budget en berne : halte aux dépenses énergétiques trop lourdes !

La Région vient d’adopter un plan «Midi Pyrénées Energies», doté de 150 millions d’euros, qui montre l’implication de la collectivité pour trouver des solutions pour réduire sa facture énergétique, comme par exemple, les énergies renouvelables.

Les Lycées sont de gros consommateurs d’énergie avec 55% de leur budget englouti par la facture «chauffage». «Cette charge représente une part lourde et qui n’est pas directement productive pour le système éducatif», nous confie Nicole Belloubet
Du dynamisme encore sur ce volet énergétique avec comme exemple : des bilans énergétiques mis en place dans les établissements ; un appel à projets lancé il y a environ six mois pour équiper l’ensemble des toitures des lycées de Midi-Pyrénées, soit 300 000 m2, en panneaux photovoltaïque ! Projet, qui, malheureusement, est en attente du fait des changements instaurés par l’Etat sur les aides accordés pour la mise en place  d’énergies renouvelables.

Ecologie, développement durable et si on parlait «bio»

La Région a en charge la restauration scolaire de ses établissements et sert 20 millions de repas par an. Et comme il faut être aussi «en phase» avec les évolutions sociétales et au besoin de manger mieux, la «cantine» doit adopter un nouveau look.

Après l’avènement des «self» à l’école, il y a maintenant plusieurs années, il est temps de s’intéresser de plus près à ce que nous servons à nos enfants. Plus question de se contenter du classique «steak haché-frites», pourtant encore trop plébiscité par les destinataires… et bienvenue à l’éducation au goût. Vaste chantier là encore, que nous détaille Nicole Belloubet. «Nous essayons d’entraîner les établissements à proposer, au moins une fois par semaine, un repas avec des produits bio ou sous signe de qualité. L’intérêt de la démarche est multiple : rôle de santé publique, d’éducation au goût mais aussi enjeux pour l’agriculture locale».

C’est ainsi qu’après deux programmes successifs «Lycées gourmands» et «Mangez bien», est née en 2009 l’opération «Adopte label attitude». La Région a choisi d’engager une action forte et volontariste capable de modifier les comportements quotidiens en matière de restauration (valoriser la production agricole de qualité, privilégier les circuits de proximité, créer des liens producteurs-consommateurs,…) mais aussi d’utiliser la restauration scolaire comme levier de développement (développement durable, amélioration de la santé publique…).

En pratique, la composition des menus doit compter au moins trois éléments SIQO (Signe d’Identification de Qualité d’Origine) avec des labels tels que AOC, AOP, IGP, AB Label rouge… Les lycées qui y adhérent reçoivent une petite contrepartie financière, soit 1€/déjeuner/élève. En 2011, une enveloppe de 2M€ de la Région est dédiée à la politique «Label Attitude» et au financement des surcoûts liés à l’utilisation de produits bio ou SIQO.

Sur 2010, 1100 menus ont été identifiés «Adopte label attitude», dans 89 lycées soit 87 450 élèves qui ont bénéficié du programme (soit une moyenne de 12,3 jours par lycée, qui était de 4 en juillet 2010, soit une accélération du dispositif sur la période de septembre à décembre 2010).

Une plateforme régionale a ainsi été lancée pour organiser les circuits courts : www.offrealimentairemidipyrenees.compermet aux petits producteurs de s’inscrire et de se faire connaître auprès des restaurateurs scolaires car, comme le souligne Nicole Belloubet «la réussite de ce programme dépend beaucoup de la volonté de l’établissement».

C’est aussi un programme qui se fait en concertation avec les principaux intéressés : les élèves. Ainsi, une enquête a été effectuée auprès des lycéens sur les produits de qualité. Sur 570 élèves interrogés en avril et mai 2010, il semble que les lycéens soient particulièrement sensibles aux questions liées à la qualité de leur alimentation. La qualité est, pour eux, identifiée en premier lieu par l’apparence du produit (forme, couleur, odeur), ensuite par l’appartenance du produit à un label puis par sa qualité nutritionnelle. Les produits les plus identifiés par les lycéens sont la viande (le poulet label rouge) et les produit laitiers (yaourts bio).

D’autre part, 71% de ces élèves ont déclaré être satisfaits de la présence de produits bio dans leur cantine et 73% à répondre que le terroir est synonyme de «qualité». Cela confirme le bien fondé d’introduire des produits régionaux qui font sens aux yeux et aux assiettes des lycéens.

La Région tisse sa «toile»

La Région Midi-Pyrénées ne se limite pas à ses compétences légales en matière d’éducation, elle poursuit une politique volontariste qui vise à permettre à chaque jeune où qu’il soit, d’avoir la possibilité d’accéder à un enseignement.

Nous avons vu les récents investissements dans la rénovation et la construction de lycées neufs ; la Région a également investi dans des établissements qui peuvent connaître une perte démographique d’élèves. Comme le souligne Nicole Belloubet, «les établissements scolaires sont des pôles de développement des territoires».

Elle prend l’exemple du lycée d’Aubin dans l’Aveyron, petit lycée professionnel et technologique essentiellement centré sur le bois (spécialisé dans les métiers du bâtiment et de l’habitat). «Nous avons fait des travaux pour maintenir en place la filière bois ; cela conduit maintenant le lycée à vouloir participer à la création d’une école d’ingénieurs bois. Le lycée est donc en contact avec l’INSA (Institut des Sciences Appliquées de Toulouse, école qui diplôme environ 500 ingénieurs par an, dans huit spécialités), pour essayer de monter une filière bois qui comporterait, par exemple, une année d’études à Aubin»(…). «Toute cette dynamique contribue à maintenir des jeunes sur le territoire, c’est cela que nous recherchons». L’idée est d’avoir un réseau de formation sur l’ensemble du territoire.

Il s’agit bien là de «tisser sa toile» et non d’un développement en «étoile» depuis le pôle toulousain, nuance sur laquelle insiste Nicole Belloubet. «Dans notre idée un peu idéale et peut être un peu naïve, nous pensons qu’un jeune qui veut faire une formation bois peut commencer ses études à Toulouse, passer un an à Aubin puis terminer à Millau ou ailleurs… c’est l’idée de construire un maillage des formations où les jeunes puissent circuler sur notre territoire».

Les internats et le logement étudiant au cœur du débat

Mais pour que ce maillage fonctionne, il faut «s’attaquer» à un deuxième volet : les internats. La Région a lancé dans ce domaine une campagne pour leur rénovation mais pas seulement ; elle engage également une réflexion sur l’internat alterné.

Explications de Nicole Belloubet : «un jeune qui fait une formation en alternance et qui est un mois en formation et un mois en entreprise ; entreprise qui est située à l’autre bout du territoire, comment fait-il pour s’héberger ? Nous réfléchissons actuellement à un système d’hébergement alterné (…). Nous devons trouver, en collaboration avec le CROUS, qui habituellement loue du 1er septembre au 30 juin, des systèmes plus souples qui correspondent aux nouveaux parcours d’étude».

Cette souplesse dont nous parle Nicole Belloubet ne s’applique pas qu’aux apprentis ; elle est aussi valable pour des étudiants qui vont passer un semestre à l’étranger et qui ont besoin de se loger l’autre semestre.

L’Enseignement Supérieur et la Recherche, maillon de la chaîne «vertueuse» que s’attache à construire la Région sur son territoire.

Enfin, dernier volet «à la une» en Région Midi-Pyrénées : l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Des pistes de réflexion sont proposées dans le Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, qui n’est encore qu’au stade de projet mais qui promet de faire avancer l’idée directrice de la politique de la Région en matière d’éducation, «une mise en réseaux des activités en toile mais pas en étoile».

Ambitions de ce projet : Assurer la démocratisation de l’accès et de la réussite, être un acteur majeur dans l’économie de l’innovation et garantir un aménagement plus équilibré du territoire régional.

Avant toute analyse, il est important de signaler que la Région souffre d’un taux de réussite au Bac en dessous de la moyenne nationale (66% en Midi-Pyrénées contre 72%), socle indispensable aux poursuites d’études supérieures. «Nous devons comprendre pourquoi nous avons ce résultat et nous avons l’ambition d’amener le plus de jeunes possible à un diplôme d’enseignement supérieur», souligne Nicole Belloubet.

En effet, d’après le CEREQ (enquête génération 2007), plus un jeune est diplômé, mieux il s’insère professionnellement. «Accroître la réussite dans l’enseignement supérieur suppose désormais de travailler sur l’accès des jeunes issus des classes populaires qui sont 36% seulement à accéder à l’enseignement supérieur, là où les enfants de cadres sont plus de 70%. Il y a donc bien nécessité pour l’intérêt collectif de démocratiser l’accès et la réussite dans l’enseignement supérieur».

D’autre part, elle évoque la nécessité pour l’étudiant d’avoir une bonne visibilité de son avenir, une fois le Bac en poche et parle d’une meilleure «fluidité» des parcours. Pour cela, la Région prévoit l’élaboration d’une cartographie de l’ensemble de l’offre d’enseignement supérieur. «Cette cartographie sera conçue pour répondre à un double objectif : d’une part, constituer un outil d’information pour les futurs étudiants, d’autre part, mieux connaitre et appréhender les parcours de formation, pour les professionnels de la formation» (…).

«Je suis sur l’idée d’un continuum Bac-3/Bac+3, pour donner la possibilité aux jeunes de se projeter».

Autre aspect du programme : la Recherche.

Par ses chercheurs et ses laboratoires, la Région Midi-Pyrénées est dotée d’un potentiel exceptionnel. D’après la dernière analyse de l’INSEE (avril 2011), l’économie de l’innovation en Midi-Pyrénées n’a pas d’équivalent en France avec 4,2% du PIB consacrés aux dépenses publiques et privées de recherche et développement.

Objectifs de la Région face à ce constat : contribuer au rayonnement de la recherche régionale, intensifier la valorisation économique de la recherche et renforcer l’innovation. Nous retrouvons le vecteur commun à tout ce que nous avons vu précédemment : l’aménagement du territoire. «Il faut construire une mise en réseaux et en cohérence des activités de recherche» ; et Nicole Belloubet nous donne l’exemple d’Auch, dans le Gers, territoire agricole sur lequel un laboratoire toulousain s’est installé pour mesurer les applications satellitaires qui peuvent être utiles à l’agriculture.

«Cela ne veut pas dire d’implanter à Foix ou à Auch des grands laboratoires mondiaux, mais de faire en sorte qu’il y ait sur l’ensemble du territoire des plateformes d’accueil, qui ont une légitimité à être présent sur tel territoire». C’est bien le cas dans l’exemple cité ci-dessus.

Ambition, justice et aménagement du territoire, voilà pour résumer la politique éducative de la Région Midi-Pyrénées avec un petit clin d’œil de notre interlocutrice sur le dernier point : «aménagement du territoire, car je suis persuadée que si les 2,5 millions d’habitants de la Région, venaient vivre à Toulouse, ça serait l’enfer !»

crédit photo de Nicole Belloubet : Philippe Grollier

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